Parlons du voile

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Certaines disent qu’il est dans leur culture de porter le voile.
Ainsi des femmes portugaises et grecques le portent.
Certaines disent qu’il est dans leur religion de porter le voile.
Ainsi des femmes musulmanes et chrétiennes (des religieuses) le portent.
Certaines disent qu’il est dans leur ethnie de porter le voile.
Ainsi des femmes indiennes le portent.
Alors qu’en est-il ?1

Parlons du voile : Culture – religion – ethnicité
Conférence donnée dans le cadre Les familles et les cultures
par Jean-René Milot, professeur associé, département de sciences des religions, faculté des sciences humaines – UQÀM

Notes de Marie Barrette

Le port du voile remonte loin dans le temps. Il permettait aux femmes de se soustraire aux regards indiscrets, de protéger leur visage, leur peau des intempéries (poussière, sable, …). Il avait aussi un aspect symbolique, prendre le voile pour les religieuses et un aspect identitaire comme l’origine ethnique, la religion.

Au Québec, le port du voile pour les femmes devient une préoccupation associée à l’islam. Le voile islamique que ce soit le hijab, le niquab, la burqua, soulève des questions, sinon des passions. Le niquab et la burqua, parce qu’ils voilent l’identité des femmes, sont plus problématiques comme le keffieh porté par les hommes au Moyen-Orient. Pour plusieurs familles, le voile exprime des valeurs dont il faut connaître la clé pour les découvrir.

Le voile est-il une obligation pour les musulmanes ? Le Coran cite deux passages où il en est question :

  • il demande aux femmes de rabattre leur voile sur la poitrine (ce peut être un manteau) par modestie, pudeur ;

  • ce peut être un moyen de se faire connaître (identité religieuse).

Ce qui compte, c’est ce que les gens en comprennent. Le texte est ouvert et sujet à interprétation. Selon les juristes musulmans, il n’y a pas d’obligation stricte mais recommandation.

Si on remonte dans l’histoire, le port du voile islamique est controversé. L’expansion de l’islam n’est pas toujours associée au voile identitaire et n’est pas en vigueur partout. Il y a différentes façons de le porter selon les cultures.

Dans la période moderne, le hijab prend une couleur symbolique et politique.

En Turquie, Atatürk a aboli la loi islamique pour occidentaliser le pays au début du XXe siècle. L’abolition du voile a été vue comme une transition vers la modernité.

En Iran, le père du Shah a aboli le port du voile.

En Algérie, les Français ont interdit le voile dans les institutions publiques.

Dans ces cas, ce sont les hommes qui ont décidé de libérer les femmes de la culture patriarcale. En 1979, lors de la révolution islamique en Iran, les religieux remettent la loi islamique en vigueur. Les hommes décident que les femmes doivent porter le voile pour obéir au Coran et les « préserver de la culture occidentale » perçue comme perverse. Ce fut une régression et une réclusion pour elles. Le voile prend alors une dimension identitaire et politique.

En Afghanistan et en Algérie, les femmes sont forcées de porter le voile dans le même contexte. Le hijab devient associé à l’intégrisme et au terrorisme.

En Tunisie, le port du voile est libre. Au Québec, les musulmanes sont libres de porter ou non le voile. Mais il y a ambiguïté de sens : quand on parle de voile, on pense hijab et non niquab ou burqua. Le choix de porter le voile peut être une façon d’exprimer la modestie, de combattre l’hypersexualisation, d’afficher sa religion, pour certaines musulmanes. Pour d’autres musulmanes, c’est perçu comme une absence d’intégration, un rejet de liberté et de modernité face à la tradition. Il est donc prudent de ne pas préjuger du motif de porter le hijab.

Le Québec doit-il prohiber le voile dans les écoles comme l’a fait la France ?

La France et le Québec vivent des situations différentes. Les musulmans ici sont beaucoup moins nombreux (2% de la population) et une minorité (+10%) porte le hijab. Et l’état de droit est aussi différent. Les chartes canadienne et québécoise protègent la liberté religieuse. La Commission des droits de la personne a donné comme avis que le refus d’accès à l’école à cause du hijab est une discrimination fondée sur la religion, donc contraire aux chartes. Aussi les écoles doivent-elles trouver un accommodement raisonnable, une exception à la règle.

La charte québécoise, comme la charte canadienne, respecte la liberté religieuse : croire, professer en public, s’identifier comme croyant, propager sa croyance. On ne peut exclure de la société en raison de la croyance. Parmi les motifs de plaintes reçues à la Commission, les plus nombreux sont en rapport avec les handicaps. Pour la religion, la religion protestante reçoit le plus de plaintes.

Le hijab présente un aspect émotif important au Québec où on a fait collectivement une « indigestion de religion ». On se sent piégé : les gens venus de l’extérieur nous forcent à revenir sur le « consensus » intérieur. Les chartes protègent les droits individuels et non les droits collectifs. Notre société est devenue laïque, nous avons une occasion de revoir notre évolution comme société en marche. Des femmes d’ici se convertissent à l’islam. Nous sommes mis en présence de conceptions diverses de la famille : patriarcale vs égalitaire et libre. Nous avons des problèmes mutuels à régler ensemble, au-delà des divergences. Il nous faut trouver des valeurs humaines communes et évoluer à partir de cela.

Marie Barrette est responsable du Comité de la condition des femmes

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1 Texte de présentation du déjeuner-croissants intitulé Les familles et les cultures organisé par le Regroupement inter-organismes pour une politique familiale au Québec, 20 juin 2007.