Agathe de Saint-Père

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Agathe de Saint-Père
Femme d’affaires, manufacturière, au XVIIe siècle, au Québec
par Marie Barrette

Aperçu d’une conférence donnée par Françoise Nicolas au château Ramezay le 15 février 2016

Née à Montréal le 25 février 1657, fille de Jean de Saint-Père, notaire royal, et de Mathurine Godoy, Agathe appartient à une famille d’illustres colons de Ville-Marie. Son père, son grand-père Nicolas Godoy, ainsi que son parrain Lambert Closse moururent sous les attaques des Iroquois.

Sa mère, Mathurine, se marie à 14 ans avec Jean de Saint-Père. De cette union naîtront 8 enfants, dont Agathe en 1657. Mathurine, devenue veuve peu de temps après, épouse en 1658 Jacques Le Moyne, négociant et marchand de fourrures. Ils auront ensemble 10 enfants. Mathurine meurt en 1672.

Après la mort de sa mère, Agathe, âgée alors de 15 ans, prend la garde des 10 enfants Le Moyne dont le dernier est un nouveau-né. Elle se marie en 1685, à l’âge de 28 ans, avec Pierre Legardeur de Repentigny. Ils auront ensemble un fils et sept filles. La même année, Charles Le Moyne, frère de Jacques, meurt et Agathe gère la seigneurie de Repentigny.

Agathe sait lire, écrire, s’occupe du commerce, achète et vend des terres, règle des comptes, connaît le tissage et la confection du sucre d’érable appris des Amérindiennes. Elle cultive le chanvre et le lin, et projette d’ouvrir une manufacture de fabrication de tissu et une boulangerie-pâtisserie.

Au début du XVIIIe siècle, la conjoncture économique oblige à appliquer les principes de Jean Talon concernant le développement de l’autonomie de la colonie en économie fermée. En 1705, Agathe achète 9 hommes tisserands, prisonniers des Mohawks, et leur fait fabriquer des métiers à tisser à partir du seul exemplaire existant dans la colonie, pour contrer le manque de couvertures et de vêtements.

Dans sa maison devenue manufacture, elle fabrique des fils avec des orties, des filaments d’écorces, du cotonnier sauvage et de la laine de bison, pour pallier la pénurie de lin et de laine. Elle fabrique 150 mètres de tissu par jour : toile, sergé croisé, droguet, couverte. Elle crée des teintures à l’aide de pierre bleue, de végétaux, et envoie à Louis XIV des échantillons de ces étoffes colorées de même qu’une grande quantité de sucre d’érable. En retour, ce dernier lui verse une rente annuelle pour ses services. Son atelier produira des tissus jusqu’en 1713; elle a alors 56 ans. Elle a atteint ses objectifs et loue la manufacture et la boulangerie.

En 1715, la seigneurie de Repentigny s’agrandit à Lachenaie. Pierre Legardeur et Agathe de Saint-Père vendent leurs parcelles pour la construction d’un deuxième moulin à farine.

On perd alors la trace de cette femme remarquable pendant quelque temps. Son mari Pierre Legardeur décède en 1736. Agathe va rejoindre sa fille, supérieure à l’Hôpital Général de Québec, et son autre fille religieuse chez les Ursulines.

Dans son testament, elle lègue ses biens à ses enfants et petits-enfants pourvu qu’ils vivent en paix entre eux ainsi qu’aux pauvres. Elle meurt en 1748, dans sa 91e année.

Femme de tête et femme de cœur, Agathe de Saint-Père - Legardeur de Repentigny, tout en élevant 18 enfants, a largement contribué à assurer le développement économique et industriel de Ville-Marie au début du XVIIe siècle, à un moment où la colonie était en difficulté, avant de reprendre de l’expansion.

[décembre 2016]