La démocratie : une valeur importante?

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par Georges Pagé

La démocratie est un système politique difficile et fragile, un système qui demande des ajustements constants et qui invite les citoyens à dépasser leurs seuls intérêts individuels pour prendre en considération le bien de l’ensemble de la société. La démocratie postule que la souveraineté appartient à l’ensemble des citoyens et n’est pas l’apanage d’un seul (le roi), ou d’une classe privilégiée (les nobles, les riches, les experts). En démocratie, c’est le peuple lui-même qui exerce sa souveraineté, soit directement comme on le faisait autrefois à Athènes, soit en élisant ses représentants. Aujourd’hui, la gestion de la société est devenue si complexe que la démocratie ne peut pas signifier simplement le droit d’élire ses représentants à une date donnée, aux trois, quatre ou cinq ans. Il faut aussi mettre la démocratie en marche grâce à différents mécanismes d’information, de consultation et de participation dans le sens de ce que l’on appelle justement une démocratie de participation.

    Depuis une trentaine d’années, et particulièrement depuis la fin des années 80, en raison de la révolution industrielle dans laquelle nous sommes engagés, il est devenu pratique courante de faire précéder les grands projets d’une étude d’impact et de consulter la population avant de prendre une décision. Ces processus rendent plus complexe la prise de décision et obligent à une plus grande transparence de la part des développeurs et décideurs. D’où la plainte récurrente de certains qui affirment qu’il n’est plus possible de prendre une décision, que l’émotion l’emporte sur la raison, que les gens ne pensent qu’à eux-mêmes, ... On dit qu’aux États-Unis on ne peut plus implanter de nouvelles lignes de transport d’énergie électrique, ni de centrales nucléaires, ni de sites de déchets dangereux. On assisterait en quelque sorte à une révolte de la société contre ses dirigeants.

    J’estime pour ma part que tout projet doit d’abord être considéré à partir de ceux et celles qui doivent en porter principalement les inconvénients ou les risques. Dans notre société, ces gens-là sont presque toujours les plus pauvres, les plus démunis de pouvoir, parfois les moins instruits. Leur faire porter l’odieux de l’échec de certains projets que d’autres pensent bien souhaitables m’apparaît une manœuvre injuste.

    La démocratie vivante est le résultat d’un travail de longue haleine. On ne peut pas imposer la démocratie à un peuple. Les États-Unis commencent à s’en rendre compte ! Il a fallu bien du temps à la France pour passer de la royauté à la république. La démagogie médiatique actuelle nuit à la démocratie, tout comme l’écart énorme qui s’est creusé depuis 20 ans entre les riches et les pauvres. C’est pourquoi la mise en place de processus de discussion publique raisonnée et rigoureuse est une piste très prometteuse. De grâce ! Il ne faut pas moins de démocratie, mais plus de démocratie. Et j’ajoute sans aigreur que la sainte Église catholique romaine a vraiment beaucoup à apprendre en ce domaine.

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D’après un texte d’André Beauchamp tiré du Prions en Église  publié le 12 août 2007.

[sept. 2007]