Qui suis-je...?

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Qui suis-je : un consommateur, un investisseur, un citoyen?
par Georges Pagé

    Comme consommateur j’ai accès à une variété incroyable de produits et ça au meilleur prix, sur mesure et juste à temps.

    La qualité des matériaux de base s’est beaucoup améliorée en raison de la multiplication des moyens de communication et de l’externalisation des productions, ce qui pousse la société à plus de transparence socioéconomique.

    Je suis investisseur parce que la structure de l’économie a évolué vers des marchés très concurrentiels. L’ancien pouvoir prédominant de diminution des prix à base d’économies d’échelle a dû céder sa place, sous le poids de la mondialisation des « avantages comparatifs » et des technologies nouvelles des composantes de la communication. En 1962, un ordinateur de 48 Ko de mémoire vive coûtait quelque 300 000 $CAN. Vingt ans plus tard, un ordinateur de 48 Ko valait quelque 1000 $CAN. S’en suivirent le rebondissement de la productivité et la disparition des faux intermédiaires. Aux États-Unis en 1970, 16 % des familles détenaient un portefeuille d’actions de sociétés de l’économie de marché. En 2005 la majorité des foyers états-uniens détenaient un portefeuille d’actions.

    Je suis citoyen, c’est-à-dire un démocrate qui constate que le pouvoir a basculé du côté des consommateurs et des investisseurs. Nous produisons de la richesse comme jamais auparavant, mais qui en profite ? Un lobby de plus en plus puissant assiège nos gouvernements à tous les niveaux de sorte que nos politiciens pratiquent de plus en plus le double langage. Nos filets de protection sociale sont désuets.

    Notre mode de scrutin engendre des gouvernements qui ont été élus, trop souvent, par une minorité de citoyens !

    Non seulement nous payons nos impôts, mais nous payons aussi celui de nos sociétés de l’économie de marché ! Sauf que notre loi leur donne droit au statut de « citoyen ». Le scandale ENRON a montré que la condamnation de la société a surtout affecté des centaines d’employés victimes ! Dernièrement, le Centre canadien de politiques alternatives nous avertissait à l’effet que, pénurie ou non, l’ALÉNA obligerait le Canada a maintenir ses exportations de gaz et de pétrole aux États-Unis.

    Conclusion : le théologien Thomas Merton disait « personne n’est une île ». Chacun de nous a un potentiel de capital humain, mais il est aussi un être social qui commande un agir ensemble qui ne peut pas être laissé au hasard. Si notre agir ensemble est bien autogéré nous pouvons produire, la chose est avérée, plus de richesse que la somme des « capital humain » de l’entité. Au fait, qui s’occupe de notre agir en société ? Comment peut-on prétendre à un agir ensemble de qualité avec des écarts de niveau de vie aussi élevés ? « Pour pratiquer la vertu, disait Thomas D’Aquin, il nous faut un minimum de bien- être »…et non, un plus gros budget de police !

[septembre 2008]