Régime de médicaments

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Le Québec est-il prêt pour un régime universel de médicaments?
par Louise Cossette

L’affirmation que le vieillissement de la population entraînera à coup sûr la faillite de notre système de santé, mythe largement répandu par les médias, a été démenti dans le rapport Castonguay par l’évaluation de l’augmentation des coûts reliée au vieillissement à seulement 1,3 %.

Cependant, l’augmentation des prix des médicaments contribue à elle seule à 15 % de l’augmentation des coûts de la santé.

Le Québec a dépensé 6,97 millions $ en médicaments prescrits en 2010 soit 20 % des dépenses totales en santé. À eux seuls, ils sont responsables de 23,8 % de l’ensemble de la hausse des dépenses de santé depuis 1985.

Les médicaments coûtent très cher parce que leur mise en marché en pharmacie n’est pas réglementée. Pour une même prescription, on peut voir des écarts de coût de 9 % à 80 % dépendant de la bannière ou des honoraires des pharmaciens.

Selon les chercheurs de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), on devrait changer la politique pharmaceutique québécoise afin d’avoir un meilleur accès aux traitements de qualité pour toute la population, tout en améliorant le contrôle des coûts.

Les exigences pour y arriver :

  • Processus d’évaluation rigoureux des nouveaux médicaments entièrement public et indépendant, basé sur la meilleure information médicale :

  • Formation continue des praticiens : pharmaciens, médecins, infirmières… Elle doit être indépendante des pharmaceutiques :

  • Campagnes soutenues de prévention et de sensibilisation du public pour favoriser une utilisation plus rationnelle des médicaments.

Deux pièces maîtresses pour l’implantation de la nouvelle politique :

A)    Régime entièrement public et universel d’assurance-médicaments (RAMU)

Élargir le régime général actuel (RAMQ à toute la population) et répartir les risques pour diminuer le coût. Les primes seront payées à même le rapport d’impôt, modulées selon le revenu. Un régime public universel pourra mieux se doter des capacités institutionnelles nécessaires pour obtenir un meilleur accès aux médicaments et à meilleur prix. Un régime public universel serait payé par des primes prélevées sur les salaires, mais elles seraient moindres que celles actuellement payées au secteur privé (575 $ au lieu de 761 $ et + en moyenne).

Pour instaurer le RAMU, il faudra sensibiliser les membres syndiqués sur l’inefficacité et le gaspillage que représentent les régimes privés d’assurance-médicaments et l’État devra montrer de la flexibilité pour préserver l’accès aux médicaments actuellement offerts.

B)    Création de Pharma-Québec

Un pôle public d’achats groupés de médicaments, de production de génériques et d’innovation pharmaceutique.

L’État pourra fortement négocier avec les pharmaceutiques le coût des médicaments et n’accepter que les produits dont le coût justifie les bénéfices thérapeutiques tout en respectant les brevets.

Au Québec, de 1996 à 2006, la croissance des coûts des médicaments prescrits était de 10,9 %, tandis qu’en Nouvelle-Zélande où PHARMAC est mis en place, elle était de 0,15 %. Cela signifie que le Québec économiserait 2,75 millions $ sur les prix départ-usine des médicaments prescrits.

Comme le volet PHARMAC est complexe, il mérite un traitement particulier et détaillé dans cette nouvelle politique. Je vous propose un site Internet pour vous informer et comprendre les implications de sa mise en place chez nous.

Pour instaurer le RAMU, il faudra sensibiliser les membres syndiqués sur l’inefficacité et le gaspillage que représentent les régimes privés d’assurance-médicaments, et l’État devra montrer de la flexibilité pour préserver l’accès aux médicaments actuellement offerts.

Les partis politiques devraient étudier ces deux grands axes d’une nouvelle politique pharmaceutique, et présenter aux Québécois leur vision et un programme d’instauration. Nous pourrions écouter, et débattre de toutes les dimensions et effets sur notre vie au quotidien de ces programmes, afin de décider par notre vote des avenues qui nous conviennent.

[décembre 2013]