Un Noël sans crèche

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Un Noël sans crèche

Pauvre Seigneur sans abri, si tu revenais parmi nous, là, maintenant, en 2012, tu ne trouverais toujours pas de place pour te loger. Pas même une toute petite crèche!

Avec les autres exclus, les personnages des crèches de nos municipalités croupissent dans le placard, mis en boîte, confinés au silence. Ta personne et ton message dérangent dans l'espace public : « Cachez ce saint que je ne saurais voir! » Alors, va falloir que tu crèches ailleurs. Je te vois venir : ne pense pas aux campements de fortune des indignés, ils ont été démantelés. Eux aussi dérangent.

Les crèches de nos églises pourraient toujours t'accommoder. Toutefois, va te falloir être raisonnable. Beaucoup de nos églises sont maintenant fermées, converties qu'elles sont, non pas à toi, mais à d'autres usages. Sécurité oblige, celles qui ont survécu au départ des enfants et des petits-enfants sont fermées entre les célébrations. On s'y méfie de qui vient comme un voleur. Et comme tu nous as prévenus de ton modus operandi, tu risques que personne n'ouvre quand tu frapperas à la porte. Comme c'est désespérément grand une église vide! Comme c'est plein d'espérance des cœurs ouverts!

Les crèches de nos maisons alors? Elles brillent par leur absence. Et quand il y en a une, elle disparaît derrière une montagne de présents. Présents qui ne sont garants ni du passé ni de l'avenir. Des présents qui cachent des absents.

Une cybercrèche, pourquoi pas! Des "amis" pourraient sûrement t'héberger sur leur mur? Dans ce monde virtuel où tout se passe à la vitesse grand V et où "éternel" rime avec "sempiternel", pas question de se rappeler ton histoire, encore moins de la méditer. Et puis, comme si ton histoire n'était pas la nôtre, les sermons et les paraboles ne sont pas configurés pour les médias sociaux. Toutefois, si tu as du nouveau à gazouiller, sois bref et twitte-nous ça.

En ce Noël 2012, je t'offre, pauvre oublié de la Fête, de venir habiter mon cœur indigné par les inégalités, l'injustice, la morosité, l'indifférence et le vide. Fais-y ta demeure. Plutôt que de te couvrir comme un petit Jésus de plâtre pour te réchauffer, je vais te découvrir comme Sauveur et Messie pour réchauffer le monde! Toi seul peut guérir le mal-être qui ronge nos âmes isolées et notre planète distraite. Tu nous as créés pour toi et nos cœurs n'auront de plénitude que bien au chaud dans le tien. « Gloria in excelsis Deo et in terra pax hominibus » : voilà le trop-plein du cœur à faire retentir en nous, dans nos maisons et nos églises comme - mais oui! - dans l'espace public.

Luc Benoit
Paroisse catholique Bon-Pasteur, Drummondville